Savons de Marseille du Sérail
Fabrique LE SERAIL 50, Bd Anatole de la Forge - 13014 Marseille
La fabrication traditionnelle du savon de Marseille "Le Sérail" doit respecter les étapes suivantes :
I . L'EMPATAGE. III . COULAGE DANS LES MISES. V . SÉCHAGE.
II . CUISSON DANS LES CHAUDRONS. IV . DÉCOUPAGE. VI . ESTAMPILLAGE.
I. L'empâtage: première étape de la saponification
Dans les cuves de la savonnerie du Sérail, le maître savonnier élabore deux types de savons : le blanc et le vert.
Le premier est composé d'huiles végétales (noix de coco, palme). Les mêmes huiles entrent dans la composition du second, mais en quantité réduite pour laisser la place à 50% d'huile d'olive. Nos huiles employées sont 100% végétales.
Entre les deux cuves ou chaudrons de savon (un pour le blanc et un pour le vert), le maître savonnier surveille la cuisson.
La première étape est le mélange des huiles végétales avec l'alcali à qui on va ajouter du sel de mer. On commence par faire bouillir le mélange grâce à la vapeur d'eau qui circule au fond de la cuve dans un serpentin. Par réaction chimique, l'alcali transforme l'huile en ester que le sel va aider à agglomérer pour en faire une première pâte et va libérer de l'eau glycérinée qui sera évacuée.
Cette opération s'appelle l'empâtage et dure environ huit heures.
II. La cuisson en chaudron.
Cette deuxième étape consiste à faire porter à ébullition cet ester pendant quatre heures à une température d'environ cent degrés.
Commence alors toute une série de lavages. On asperge le dessus du chaudron avec de l'eau froide. L'eau étant plus lourde que la pâte, elle descend au milieu en entraînant dans sa chute les impuretés.
Durant cette période, l'attention du savonnier doit être permanente : la pâte bout et, comme du lait dans une casserole, elle peut monter soudainement. C'est à ce moment qu'il doit, avec une longue rame, brasser la pâte pour baisser son niveau.
Au bout de trois ou quatre jours, pour vérifier sa pâte de savon, le savonnier dépose une goutte de savon sur le bout de sa langue : il la goûte pour palper sa qualité; il la teste !
Si elle est douce, on peut passer à l'étape suivante. Si ce n'est pas le cas, il faut continuer à laver la pâte.
La cuisson terminée, le savonnier coupe le chauffage et couvre la cuve avec des planches de bois afin que celle-ci conserve sa température.
La pâte doit alors reposer trente-six heures.
III. Le coulage dans les mises.
Pendant que la pâte se repose, les savonniers s'activent à l'étage en dessous. Ils préparent les mises (surface au sol où la pâte de savon sera écoulée pour le séchage).
Minutieusement, les rigoles sont installées. Elles relient le fond du chaudron à la mise. Un savonnier libère la pâte liquide. D'abord avec douceur pour vérifier si l'emplacement des rigoles est impeccable. Un ordre du savonnier permet de libérer la cuillère du chaudron et de voir couler le savon rapidement à l'intérieur de la mise. La coulée ressemble étrangement à de la lave en fusion.
A la sortie des rigoles, la pâte est filtrée pour retenir les dernières impuretés. Quand la mise est pleine, on referme la cuillère avec l'arable et le savonnier égalise la surface du savon encore liquide. Le savon va alors sécher quarante huit heures entre et va durcir lentement.
IV. Le découpage :
A la surface de la mise, les blocs sont tracés au compas puis découpés. Les savonniers travaillent toujours à deux ; ils soulèvent des blocs qui pèsent 40kg.
Ils sont empilés sur un chariot puis déposés sur la découpeuse. Ils sont alors poussés mécaniquement entre des cadres tendus de fils d'acier qui les découpent et donnent naissance au cubes traditionnels du savon de Marseille.
V. Le séchage des cubes
Les cubes sont déposés délicatement sur des clayettes en bois munies de roulettes. Ils sécheront lentement pendant une quinzaine de jours.
Le savonnier prend garde de laisser un espace libre entre chaque savon pour assurer une parfaite circulation de l'air et pour pouvoir les tourner manuellement un à un.
VI. L'estampillage
La dernière opération consiste à estampiller le savon avant sa commercialisation.
D'un geste machinal et régulier, le savonnier dépose chaque savon au milieu d'un moule d'une machine plus que centenaire qui, en se refermant, imprime différents logos dans la pâte durcie de savon.
Les savons sont maintenant prêts à effectuer leur voyage vers les utilisateurs.
VII. Conclusion
Comme nous venons de le voir, les opérations manuelles pour créer un véritable savon de Marseille sont innombrables.
Au sein de la savonnerie Le Sérail, il semble que le temps n'ait pas de prise sur ces méthodes de fabrication trois fois centenaire.
Mais c'est le prix à payer pour obtenir un savon dans le respect des traditions et d'une qualité irréprochable.
Tous nos savons sont fabriqués uniquement avec des huiles 100% végétales.
Voici l'histoire du savon Le Sérail, la dernière entreprise de savon de Marseille traditionnel basée dans la cité Phocéenne.
Vous trouverez ensuite l'histoire du savon dans sa globalité de l'origine à nos jours. Vous suivrez la passionnante aventure de ce noble produit, facteur d'hygiène et de progrès.
Le Sérail garant de la tradition.
Fondée en 1949 par monsieur Vincent BOETTO, la savonnerie LE SERAIL perpétue depuis près d'un demi-siècle, dans les règles de l'art, la fabrication traditionnelle du savon de Marseille.
Installée dans une ancienne ferme isolée, la savonnerie LE SERAIL est maintenant au coeur d'un quartier authentique.
C'est au prix de multiples concessions et d'heures de travail, que cet homme, secondé par sa femme, parvient à rendre viable la petite entreprise familliale.
Le savon de Marseille est reconnu mondialement pour ses qualités hygièniques. Mais sa fabrication artisanale et traditionnelle a pratiquement disparue.
La savonnerie LE SERAIL est d'ailleurs la dernière usine marseillaise.
Son savon est de la plus haute qualité. Entièrement naturel, ses vertues bactéricides et hypoallergéniques sont recommandées par les pédiatres et les dermatologues.
I. Origine du savon :
C'est en Gaule que l'on retrouve les premières recettes de savon. PLINE l'Ancien (au premier siècle) dans son célèbre ouvrage Histoire Naturelle donne la composition d'une pâte élaborée à partir de cendres de hêtre et de suif de chèvre, dont nos ancêtres se servaient pour teindre leurs cheveux en roux.
Pendant des siècles, cette recette resta inchangée, le savon servait tour à tour d'onguent, de cosmétique, de remède. Il faut attendre le Moyen Age pour que le savon soit utilisé pour laver le linge.
Le savon est alors le produit d'un alcali avec un corps gras, probalement introduit en Europe par les Croisés. L'alcali (al-qâli=cendres) désigne une plante maritime. Ce mot d'origine arabe est utilisé jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.
Les arabes se servent de graisse animale, mais à partir du VIIIe siècle, on leur substitue de l'huile d'olive, qui seule donne avec une solution extraite des plantes, un savon à la consistance ferme, à l'odeur agréable et à usages multiples.
II. Le XIVe siècle : le premier savonnier marseillais
C'est au XIVe siècle qu'apparaît le premier savonnier officiel marseillais. Il s'appelle Crescas Davin (1371).
III. XVe siècle : début d'une industrie
A partir du XVe siècle, le stade artisanal pour les besoins locaux est dépassé et on voit se créer à Marseille les premières savonneries industrielles qui vont produire pour Rhodes, Alexandrie et Genève.
IV. XVIe siècle : les premières lueurs d'une industrie
Au début du XVIe siècle, les techniques vont se perfectionner, notamment grâce à l'embauche de spécialistes venus de toute la Méditerranée plus qualifiés que la main d'oeuvre française.
Les marseillais imitent le savon blanc d'Alicante. Dans certaines fabriques, comme celle de Georges Prunemoyr en 1579, la production trimestrielle atteint 9 tonnes et est exportée partiellement vers Rouen ou l'Angleterre.
V. XVIIe siècle : le savon de Marseille
C'est au XVII siècle que le savon de Marseille acquiert la renommée qu'il ne devait plus perdre. Les progrès de la médecine, de l'habillement, et de l'hygiène vont permettre une augmentation de son utilisation.
Durant la guerre de Trente ans, les marchands ne peuvent plus s'approvisionner en Espagne et les usines marseillaises, de grandes qualités, voient se fidéliser les acheteurs de France mais aussi d'Amsterdam et d'Hambourg.
Colbert, sentant la source de profits qu'il pouvait tirer de ce produit demande alors aux savonniers un "Privilège" exorbitant.
Le marquis de Seignelay lance alors un édit salvateur pour la profession en 1688 qui règlemente la fabrication du savon marseillais : interdiction de travailler en juin, juillet, août, utiliser uniquement de l'huile d'olive pure (sans adjonction d'autre corps gras). Cet édit permet à Marseille d'être à la tête d'une industrie qui exporte ses produits de l'Europe du Nord, l'Angleterre et le vaste Empire turc.
VI. XVIII siècle : le savon star de la cité
En 1709, la prospérité de la ville atteint son paroxysme, Marseille compte 30 savonneries qui tournent à plein régime. Mais la peste de 1720 ferment le port et stoppe momentanement l'économie.
En 1730, la production repart avec 250 000 quintaux. On peut trouver 2 qualités : le savon marbré (utilisé pour dégraissage des laines, les ménages et pour les colonies) et le savon blanc, plus pur, est recherché par les professionnels (soyeurs, bonnetiers, filateurs, couverturiers, teinturiers, blanchisseurs ou parfumeurs).
La production de savon a alors doublé en 60 ans et devient l'industrie la plus représentative de l'économie marseillaise.
L'édit de 1688 permet de maintenir la qualité du savon par des contrôles accrus. Mais la révolution française va stopper le commerce.
VI. XIX siècle : l'industrialisation des savonniers
En 1801, le port est ouvert à nouveau aux exportations et on compte 73 établissements et 331 chaudières. Mais l'import de matières premières est stoppée par les anglais qui bloquent le port. C'est alors que les premières usines sont crées à partir du procédé de Nicolas Leblanc qui permet l'obtention d'un des constituants du savon avec du sel marin.
L'embargo eu pour conséquence l'augmentation du prix des huiles d'olives et l'utilisation des huiles de graines fut plus systématiques. On utilise l'huile de noix puis de colza, d'oeillette et de lin.
Marseille fut dotée, le 5 septembre 1810 d'une commission chargée de contrôler la qualité de fabrication du savon, obligeant les manufactures à imposer une marque garantissant le type d'huile, le nom et l'adresse du savonnier.
L'importance de ce secteur est telle qu'en 1810, deux savonniers sont proposés par la préfecture au ministre de l'Intérieur pour faire partie du Conseil des fabriquants.
Les hommes ont changé, ce ne sont plus comme auparavant de riches notables qui ont payés leurs droits au roi mais des commerçants. Ils vont changer la politique de leur congrégation en vendant directement leurs produits sans passer par des négociants.
Les habitudes des consommateurs évoluent et un savon à base d'un mélange d'huiles d'oeillette et d'olive est préféré au détriment du savon à l'huile d'olive seule. Les usines vont alors rechercher de nouvelles recettes en ajoutant de l'huile de Palme ou de coco, mais elles ne représente que 10 à 20% de la masse d'huile employée.
C'est la Science qui apporte un second souffle à l'industrie marseillaise avec la publication des travaux de Michel Chevreul qui donne la première théorie exacte sur la saponification.
Passé 1826, tous les savonniers marseillais utilisent le procédé Leblanc et gagnent du temps ; mais la hausse du prix des huiles d'olive et d'oeuillette oblige les savonniers à se diversifier. De nouvelles entreprises se créent pour presser le lin et le sésame dans la banlieue marseillaise. D'autres préfèrent utiliser l'huile de palme, procédé utilisé en Angleterre depuis de mutiples années. Puis les savonnerie s'interressent aux huiles d'arachide.
VII. Fin du XIXe siècle : de nouveaux procédés
Les notions d'hygiène élémentaire se répandent en France comme en Europe. Parallèlement les progrès techniques permettent, grâce à l'utilisation de la vapeur, qui régule la cuisson et augmente la taille des chaudières, permettant d'augmenter les capacités de production des savonneries et de se battre contre de nouveaux concurrents.
C'est une nouvelle fois son port qui sauva l'industrie Marseillaise grâce aux graines oléagineuses qui s'entassaient sur ses quais. D'autre part, le procédé du marseillais JD Rougier, permettant de blanchir l'huile de palme permis l'utilisation massive de cette technique et d'obtenir
un produit unicolore, blanc.
En 1855, durant l'exposition Universelle le savon de Marseille est décorée d'une médaille d'or pour le savon...marbré. Malgré ce succès les usines continuent de décroître. En 1863 elles ne sont plus que 52 dans la cité Phocéenne et sont très peu mécanisées.
A partir de 1880, la tendance va s'inverser et on voit apparaître des manufacture comme celle de Charles Morel qui peut produire 12 500 tonnes par an. D'autres industriels comme H. Arnavon vont ouvrir de véritables laboratoires pour contrôler toutes les phases de cuisson du savon pour ne plus dépendre d'un praticiens qui gouttait la neutralité du produit.
VIII. XXe siècle : le savon moderne
Au XXe siècle, le savon n'est pas utilisé seulement comme détergeant ou moyen de toilette mais aussi comme ingrédients pharmaceutiques, On l'utilise dans les cliniques, les hôpitaux et les salles d'opération. Les industriels de la laine et des tissus l'utilisent abondamment.
Mais c'est à cette époque que les huileries et les savonneries fusionnent pour chercher de nouveaux débouchés.
Les travaux de François Merklen vont donner l'explication physico-chimique à l'élaboration du savon et, à la sortie de son livre, les savonniers vont s'intéresser de plus près aux nouvelles techniques. On voit apparaître la fameuse indication EXTRA PUR 72% d'acide gras. C'est le savon de Marseille que nous connaissons aujourd'hui.
La publicité commence à faire la réclame de ce produit. Les slogans souvent simplistes mettent en avant la qualité.
Les habitudes de consommation changent. On voit apparaitre au début du siècle de nouveaux emballages qui renferment toutes sortes de cadeaux comme des louches ou des cuillers, des boîtes de chocolat ou des bougies. En 1898, le savon à la surprise pouvait contenir dans sa boite de 5kg une cravate, une chemise, un mouchoir, des bas, des chaussettes ou des jarretières.
Un marseillais invente la poudre...à laver qu'il commercialise sous la marque Persil. Mais le nouveau produit ne rencontre pas de succès auprès des français. Il sera copié partout en Europe et à l'étranger.
Avec 98 fabriques le secteur est en pleine expansion avec 180 000 tonnes en 1913.
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